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Un extrait

Ça j'aurai toujours beaucoup de mal à comprendre. Pourquoi déjà est-ce qu'on continue à faire des enfants comme s'il en manquait alors qu'il y a tant d'enfants qui ne demandent qu'à être adoptés ? Ensuite, pourquoi quitter ses enfants juste après les avoir mis au monde ? Enfin, pourquoi engager une jeune fille au pair alors que vous savez qu'elle n'aura pas l'autorité naturelle et qu'elle ne pourra en aucun cas faire le travail à votre place, hein ? Espèce de boit-sans-soif !
Bon sang de bonsoir ! Je vais me faire virer à cause d'un caca...
Je donne Sofia à son père qui me regarde comme si j'étais une extra-terrestre. Je repasse pendant qu'Enzo regarde tranquillement Les Pokémones. À voir à vue de nez comment il les regarde, je me demande s'il n'aurait pas une tendance...
Enfin, le lien d'affinité qu'il a avec eux ne me regarde pas mais il va finir drogué s'il continue ! C'est la trentième fois qu'il les regarde depuis que je suis arrivée. Je ne sais pas mais, personnellement, je ne jure plus que par eux... ah, j'ai complètement arrêté Sex and the City, là, pour le coup, je ne sais même plus à quoi ça ressemble !
Bientôt, je sortirai mon sabre multicolore quand Maria arrivera et je lui crierai :
– Bourgeois ! Saint Denis ! Arrière toute ou je vous transperce le derrière...
Euh... ce serait pas Les Visiteurs ça plutôt ?
En parlant de Maria... euh... je crois qu'elle est rentrée parce qu'elle crie très fort. Sacrebleu, je n'ai même pas de sabre sous la main.
– Mais enfin Julia... muchos problemas... que la gente va a decir... que estoy tonta...
Ouhlala... je comprends rien. Elle a dépassé la vitesse du son. Je lui demande de répéter et elle s'énerve encore plus :
– Il y avait encore du caca dans la couche-culotte ! Elle tremblait de froid quand je l'ai récupérée. Elle était gelée.
Mais enfin... il l'a mise dans un congélateur ou quoi ? Ah, j'aperçois juste maintenant Sofia et elle est habillée différemment que tout à l'heure. C'est à n'y rien comprendre. Elle était toute belle quand elle est partie et voilà qu'elle est affublée d'un pyjama rose. Je vous demande un peu.
– Il a dû la changer parce qu'elle avait froid !
Ah oui, mais ça, ma grande, il fallait préparer des habits en cas de caca nerveux.
– Il cherchait quelque chose pour m'attirer des problèmes alors il va aller dire que je ne sais pas m'en occuper au juge...
Eh ben voilà, la petite aura ce qu'elle voulait. Elle ne voulait pas le voir, elle ne le verra plus. Qu'est-ce que tu nous fais un caca nerveux, là ? Ohhh... puis j'en ai marre, moi, je vais rentrer chez moi puisque ici je ne suis bonne qu'à faire des bêtises. Ah ? Tu veux que je reste quand même ? Dommage... quoi ? Non, je disais, c'est sage... sage... comment est-ce qu'on dit sage en espagnol ? Aidez-moi un peu là-haut, autrement, elle serait bien capable de se suicider avec une enveloppe.
Enfin voilà. Les malheurs de Julia. Je n'en peux plus. Je crois que je vais me pendre. Je crois que j'avais idéalisé le fait d'être au pair aux Baléares.
Tout compte fait, c'est pas top. Tout ce que je vois, c'est une ville avec de l'eau
autour et des gens qui se bouffent entre eux.
Heureusement qu'il y a des exceptions, comme Miguel, autrement, j'aurais déjà pété la baraque.

Ce matin, c'est horrible. La petite urine dans sa culotte, la mère hurle, la rhabille et Sofia remet ça. Elle pisse sans arrêter comme si c'était son nouveau job.
Et moi ? Je suis la mère avec les vêtements et les couches-culottes et j'en ferais bien aussi pipi dans mon pantalon. Si on avait été dans un cirque et que ça avait été un skectch, j'aurais mis en fond de musique...
Mon pantalon est décousu ! Si ça continue, on verra le trou de mon... pantalon est décousu...

C'est possible d'avoir deux neurones seulement ? Je crois que c'est ce qui se passe dans la tête de Maria par moments. Elle a un neurone pour avoir l'air intelligente et un autre pour la conforter dans sa bêtise.
Et moi, j'ai chopé deux de tension par le fait. Si ça se trouve, je suis folle et tout ça, c'est le fruit de mon imagination. Mais c'est bien sûr ! Je vous explique...
J'arrive dans l'appartement en début d'après-midi pour faire le ménage, comme d'hab' quoi ! Ella arrive avec Enzo et commence encore à me sortir son deuxième neurone :
– Je n'ai pas pu aller au travail parce que... fait... que bêtises... et... lait...
– Pardon ?
Ah, j'ai oublié de préciser que Maria ne parle qu'espagnol alors, quand elle se met à parler très vite comme présentement, je ne comprends que couic.
– Tu avais laissé ton verre de lait sur ta table de nuit ! Inconsciente... ou quoi ?
– D'accord, j'ai oublié mais pourquoi s'énerver comme ça ?
– C'est très dangereux !
– Euh... si je peux me permettre, un verre de lait n'a jamais tué personne.
– Ben si ! Si le lait pourrit et qu'Enzo trempe ses lèvres dedans, il peut mourir...
Ah, c'est donc pour ça, tout ce foin ! Alors là, c'est ce qu'on appelle la goutte d'eau (on aurait dû dire de lait ! Tais-toi cerveau, tais-toi...) qui fait déborder le vase. Je commence à avoir une bouffée d'énervement qui monte et qui monte et alors... je n'ai pas beaucoup de vocabulaire en espagnol, donc je sors une phrase stupide :
– Si ça continue comme ça, ça va pas pouvoir continuer !

# Posté le samedi 27 septembre 2008 08:37

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