Je peux alors sentir la douceur d'un lit bordé avec soin. C'est tellement lointain ce visage
qu'il va me falloir un moment pour l'apprivoiser à nouveau. Mais peut-être que c'est un peu pour ça que je reviens au fond. Pour l'instant, ces yeux sont fermés ce qui me laisse du temps pour admirer le paysage.
Les fleurs apparaissent timidement. Je me sens bien. Je me sens incroyablement bien.
- Phillippe...
Il se réveille en sursaut et ses yeux me sourient. Mais je ne sais plus dire "Alors, comment vas-tu, les enfants vont bien..." ses choses si banales qui semblent vaines une fois qu'on a compris. Pourtant, il se lance. Pourtant dans ces propos, je sais qu'il manque quelqu'un. Je lui demande de me conduire chez moi. Il m'aide à me lever, il dit ce qu'il faut dire aux infirmières, il m'aide à marcher, à sourire et à descendre des escaliers.
Tout en conduisant, il me parle toujours de tout et de rien :
- Tu sais, avec Sophie, on va partir cet été...
- Qui-est-ce, Sophie ?
- Sophie, c'est...tu ne te souviens pas de Sophie ?
Non. Je ne me souviens pas de Sophie. A part peut-être une jolie fille.
Je me souviens surtout de quelqu'un d'autre. Une fois arrivé, je traverse la maison. Je me dirige vers la bassecourt. Il me suit. Les poules sont toujours là mais l'herbe a poussé. Elle avait l'habitude d'en prendre soin et c'était tout le charme de la maison. Au moins, je sais où elle est partie.